
La vie est un vaste océan
Moi et toi, on est passagers dans le navire du temps
Arrêtez-vous le temps d'un battement de cœur sur mon îlot
Et que votre escale soit agréable
Tout en essayant de garder le sens intact et de rendre le rythme plus poétique, nous avons entrepris dans ce texte une réécriture du chapitre le « Travail », tiré du recueil de Khalil Gibran : Le Prophète, Ed Folio Classique, Barcelone, 2005
Travail
Un laboureur dit alors : que pensez-vous du travail ?
Il répondit en disant :
Travailler c’est progresser selon le rythme et l’âme de la terre.
Car rester sans travail, c’est rester loin des saisons et de la caravane de la vie qui avance majestueusement, et en fière soumission vers l’infini.
Travailler c’est être flûte qui transforme en chant de chœur tout chuchotement des heures.
Qui parmi vous se contenterait d’être une petite rose silencieuse et muette, alors que le reste du monde à l’unisson chante ?
Dire que le travail et l’effort sont un malheur est une grossière erreur.
Ils sont plutôt l’accomplissement de la part du rêve le plus ancien sur la terre.
Aimer la vie revient à aimer le travail,
Et aimer la vie par le travail revient à pénétrer son secret le plus essentiel.
Si vous qualifiez votre fatigue de malédiction inscrite sur votre front, alors nul ne peut effacer cette inscription à part la sueur de votre engagement.
On vous a dit que la vie est ténèbres et vous répandez ce que vous entendez
Mais elle n’est ténèbres que si elle n’est pas accompagnée d’élan,
Et tout élan est aveugle s’il n’est pas accompagné de connaissance,
Et toute connaissance est vaine si elle n’est accompagnée de travail,
Et tout travail est vide s’il n’est accompagné d’amour ;
Et que par ce dernier que vous vous liez à vous-même, aux autres et à Dieu.
Que signifie travailler avec amour ?
C’est tisser une toile avec les tissus de votre cœur comme si l’être aimé devait la porter.
C’est bâtir une demeure avec amitié comme si l’être aimé devait l’habiter.
C’est semer et moissonner les fruits avec tendresse comme si l’être aimé devait les déguster.
C’est laisser une trace de vous sur tous vos ouvrages,
Et savoir que les bienheureux défunts se tiennent et veillent sur vous, tout en vous donnant le courage.
Souvent vous affirmez comme des somnambules qui parlent : « un travailleur de marbre qui découvre la forme de son âme dans la pierre est plus noble qu’un d’agriculteur.
Et un peintre qui transpose les couleurs sur une toile est supérieur à celui qui fabrique pour nos pieds des sandales. »
Mais je vous réponds avec lucidité que la force du vent atteint aussi bien les chênes géants que les brins d’herbe ;
Et que l’amour seul sait changer le vent de mélodie exquise.
Le travail est amour rendu visible.
Si vous détestez votre travail alors quittez-le et contentez-vous de recevoir l’aumône de ceux qui l’aime.
Car un pain cuit avec indifférence est un pain dépourvu de goût, et ne rassasie point.
Et un vin foulé sans ardeur est un vin empoisonné, et n’assouvit guère.
Une chanson sans amour étoufferait les voix du jour et de la nuit aux oreilles des humains.
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